dimanche 1 novembre 2020

2. Fufute

 



Yoël en sortant les poubelles a découvert une petite bête peureuse dans la cour, une petite boule de poils noirs, une tête blanche en triangle, de toute petites pattes, des yeux brillants. Ni un chaton, ni un chiot, autre chose qui tremblait malgré la douceur de la soirée. Il l’a prise avec précautions dans ses bras et ramenée dans son appartement. Les jumeaux bien sûr étaient intéressés. Sarah a déclaré que c’était une belette. Mathias a utilisé une App pour déterminer la nature de la chose. Le verdict : furet putoisé. Il va nous débarrasser des souris a affirmé Sarah. Quelles souris? A demandé Yoël.

Ils ont donné à manger à Fufute, le nom que les jumeaux lui ont trouvé. Cela n’était pas simple en période de confinement de nourrir un carnivore dans une famille dont les jumeaux avaient décidé qu’elle était végétarienne. Heureusement, le voisin a pu dépanner et le supermarché du coin de la rue, qui, heureusement, n’était pas en rupture de croquettes, a pris le relai.

Fufute a rapidement animé la monotonie de leur quotidien. Elle adorait se rouler sur le divan du salon et plonger sous les draps du lit de Yoël. Il leur a fallu du temps pour comprendre que, si elle était propre, l’appartement était trop grand pour qu’elle atteigne sa litière en cas d’urgence. Sarah a rajouté une seconde litière dans la salle de bain et le problème était réglé. Les jumeaux se sont vite lassés de Fufute ; ils se suffisaient à eux-mêmes. C’est donc Yoël qu’elle suivait partout et qui s’est occupé d’elle.

Le temps a passé. Un jour, en faisant sa balade matinale dans Paris désert, Yoël est tombé sur une affiche : Perdue furette putoisée répondant au nom de Lulu, mignonne, affectueuse, jeune et sauvage. Si vous la trouvez, merci d’être gentil avec elle, et de me prévenir au 0676222241.

Yoël savait déjà que Fufute était une fille. Elle n’a pas réagi quand on l’a appelée Lulu. Il a quand même envoyé une photo de Fufute par MMS. La propriétaire, folle de joie, a reconnu sa furette et a appelé. Ils ont eu la surprise de découvrir qu’ils partageaient « presque » le même prénom : Yaël et Yoël. Juste une lettre de différence. Ils ont aussi découvert qu’ils habitaient très près l’un de l’autre, mais ça c’était plus attendu : Fufute n’avait pas pu parcourir des kilomètres. En fait, ils habitaient à moins d’un kilomètre : ils pouvaient se retrouver physiquement malgré les lois du confinement.

Yaël hébergeait une amie avec son chat qui terrorisait Fufute. Yoël a proposé de garder la furette le temps qu’il faudrait et même d’accorder un droit de visite à Yaël. Les jumeaux ont râlé de ne pas avoir été consultés. Ils ont protesté contre les risques sanitaires que l’ouverture de la bulle familiale faisait courir à leur père.

Yaël très largement encouragée en cela par Yoël a vite abusé du droit de visite au grand dam des jumeaux. Les deux enfants se sont un peu refermés sur eux-mêmes et sur les histoires qu’ils s’inventaient. Yoël s’est dit que leur mauvaise humeur passerait.

Fufute un jour a disparu. Personne n’a entendu l’échange entre les enfants :

— Bon débarras, on aurait dû s’en débarrasser plus tôt, déclare Matthias.

— Quelle débile ! Elle voulait pas s’éloigner, répond Sarah.

— On aurait dû en faire un pâté.

— Arrête ! On est veggies.

Yaël à son tour un jour a disparu. Personne n’a entendu l’échange entre les enfants :

— Bon débarras, on aurait dû s’en débarrasser plus tôt, déclare Sarah.

— Fallait quand même attendre que papa aille voir Mami, répond Matthias.

— Et convaincre la pétasse de se promener avec nous.

— Et la pousser par-dessus la rambarde.

Plus de Fufute, plus de la Yaël, Matthias et Sarah n’avaient plus à partager leur papa…

Les enfants peuvent être cruels. Pour s’en convaincre, il suffirait pourtant de les écouter quand ils se jouent des histoires.

 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire