lundi 20 septembre 2010

L'écologie dans les nuages

L'académie des sciences à la suite d'une demande de Valérie Pécresse organisait aujourd'hui un débat scientifique sur le réchauffement climatique. Comme on m'a interrogé sur cette réunion, je réponds dans ce blog.

Le journal Le Monde d'hier parlait de « secret » et de « huit clos ». Explication : l'académie a deux types de séances :
  • des séances publiques, qui attirent peu de public,
  • et des séances privées, dites « secrètes ». Je pensais jusqu'à présent qu'il s'agissait surtout d’éviter au public ces séances assez peu intéressantes.
Parlons donc de la séance « secrète » d'aujourd'hui. Et avant tout, des précautions. Je ne connais rien au climat et j'ai séché la matinée pour cause de boulot plus sérieux. J’ai sacrifié mon après-midi parce que j’étais curieux de voir ce qui pouvait sortir de cette réunion. La salle était bien pleine, pleine d’académiciens spécialistes, et puis quelques invités, et pas mal de curieux comme moi.

Le but du débat est d'établir l'état actuel des connaissances scientifiques sur le changement climatique, dire où il y a consensus, où il y a désaccord, où il faut faire de la recherche.

Il ne s’agit pas de répondre aux questions que tout le monde se pose.

Il ne s’agit pas non plus de comprendre pourquoi les politiques et le grand public ne crèvent pas de trouille devant ce que leurs racontent les scientifiques. Ce problème tient plus de la sociologie ou la psychiatrie que de la science. C’est hors sujet !

Il ne s'agit pas de parler des mises en cause de la recherche en climatologie par Allègre et d'autres, ni d'erreurs ici ou là. Du coté d’ici : Des études scientifiques ont montré que les erreurs dans les rapports du Giec ne mettent pas en cause ses conclusions et notamment que le réchauffement climatique depuis la seconde moitié du 20ème siècle est très probablement d'origine humaine. Et du coté de là : les erreurs détruisent les arguments.

Bon. Je pensais qu’on allait se contenter de dire que les chercheurs sur le climat, quoiqu'en dise Allègre, savent ce qu'ils font ; ils progressent vachement vite. Des spécialistes allaient nous expliquer vite fait. On aurait écouté. On n'aurait pas eu de bagarre. On aurait bu un coup (ça manquait) et on se serait quittés bons copains.

Oui mais voilà. J'étais juste ignorant big time et plein d'idées préconçues sur ce débat comme sur le sujet.

J'ai écouté des gens tout l'après-midi. En particulier, un dénommé Richard Litzen, prof au MIT, et grand sceptique du réchauffement climatique devant le seigneur. J'ai eu le temps de me demander pourquoi il avait été invité ? C'était le seul à ne pas parler français. J'imagine que la majorité des spécialistes ne causent pas notre langue. Ça m'a surpris qu'il n'y ait qu'un anglophone. Et ça m'a surpris qu’il soit engagé dans le camp hyper minoritaire. C'est de la parano ? Oui ! D'autres non francophones étaient invités qui ont décliné.

Lui, j'ai vite compris qu'il pensait le contraire de ce qu'on m'avait raconté. J'ai pas compris tous ses arguments. Avec lui et avec d’autres, j'ai raté plein de trucs soit parce qu'il me manquait les bases, soit parce que je rêvais à d'autres problèmes, ou peut-être parce qu’ils étaient parfois confus. Merci à quelques intervenants qui m'ont un peu sorti de mon ignorance, surtout à une Sandrine Bony-Lena que j'ai trouvée lumineuse. Merci à Edouard Bard pour son parler clair.

Avec elle et d'autres, on comprend que les nuages posent problème. Qu'ils sont trop hyper compliqués à modéliser. On serait presque tenté de passer du coté des stratocumulus et de leurs copains. Nuages, résistez ! Qu'il reste au moins une place aux rêves. Et puis on se dit que c'est trop sérieux. Il faut aussi mettre les nuages en équations pour savoir si on va gagner 1.5 ou 5 degrés.

Un chercheur nous explique qu'avec je ne sais plus combien de degrés en plus, on cultivera du maïs en Suède. Donc ça a du bon le réchauffement climatique ? Un biologiste nous explique que même un degré de plus, ce n’est pas bon pour l'écologie. Dommage qu'il soit hors sujet ! Quelqu'un intervient pour dire qu'il aimerait bien qu'on parle du fond. Hors sujet ! On lui répète la règle du jeu. C'est un peu le bordel. Finalement il valait peut-être mieux que ce soit à huit clos.

Pendant une pause, j'ai demandé à des confrères académiciens qui s'y connaissent plus que moi ; c'est facile à trouver. Le premier m'a confirmé que le réchauffement climatique est d’origine humaine. Un second confirme. Le troisième m’explique que c’est un problème complexe. Oui. Ça j'avais compris que c'était complexe et que l'on n’avait pas de certitude. Mais la vie est toute-entière dans un cadre incertain. Les scientifiques construisent leurs théories sur l’incertitude ? Reprise du débat. Je dois interrompre mon sondage.

De loin en loin, ça dérape du consensus pour s'engueuler. Mince ce n’est pas simple la vérité sur le climat. Des scientifiques s'appuient sur des travaux scientifiques et d'autres scientifiques nous disent ensuite qu'ils ont été invalidés. Que croire ? Je ne peux pas tout vérifier. Je veux croire les spécialistes comme Bony-Lena et Bard. Finalement, ce débat n’aura fait qu'ajouter à la confusion, à ma confusion. De toute façon, que pouvait-il ajouter aux réunions scientifiques sur le sujet ?

Un vieil académicien fait remarquer qu'il est venu pour parler réchauffement climatique. A-t-il bien dit : « Quand j’étais étudiant à normal sup, les hivers étaient plus rudes. » Dans ce débat surréaliste, son intervention est une bouffée de fraicheur.

Voir le communiqué de presse

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