[Tous les vendredis de juillet et août, une nouvelle sur ce blog.]
J’ai ma piscine municipale parisienne favorite, Paul Valeyre,
rue Rochechouart. Les nageurs n’y sont pas moins nombreux qu’ailleurs, ni plus polis
d’ailleurs. Pourquoi je l’ai choisie ? Peut-être pour les rencontres extraordinaires
qu’on y fait.
Dimanche dernier, j’y suis allé de bonne heure. Après mon
kilomètre pépère, je jouissais de ma douche très chaude en écoutant
distraitement le papotage d’un couple. Dans les piscines parisiennes, les nageurs
se parlent facilement. Parce qu’ils trempent dans la même eau froide et chlorée
?
Un jeune homme
déclarait son admiration à une dame plus âgée que lui : « je trouve
ce que vous faites véritablement extraordinaire. Cela m’impressionne tellement.
Comment y arrivez-vous ? » Elle répondait avec beaucoup de modestie.
Le bruit des douches couvrait en partie les mots. Ce que j’ai
cru comprendre : « cela » transformerait tous les salons de coiffure ;
le patron d’une grande chaine de ces salons – dont je tairai le nom pour éviter
d’être accusé de faire sponsoriser mes nouvelles – allait présenter « cela »
sur son stand au Mondial de la Coiffure.
En journaliste consciencieux, je suis arrivé à voler des photos
de la dame avec mon téléphone pendant qu’elle se faisait sécher les cheveux. La
retrouver sur le web a été plus compliqué que prévu. Les logiciels de
reconnaissances de visage ne sont pas si efficaces et ce n’est pas
simple de retrouver un visage sur la masse du web. J’y suis arrivé !
Jasmine Desprès, professeure à Sorbonne Université, est également pédégère d’une start-up de robotique. Un
article du Point raconte les réussites de ses robots "bineurs". Vous en posez quelques-uns
dans un champ dont ils ont les coordonnées et vous les laissez se débrouiller. Vous
recevez un SMS quand le boulot est fini ; ils n’oublient pas le moindre
brin de mauvaise herbe. Premier prix à la Fête de l’asperge de
Pontonx-sur-l’Adour, Médaille de Bronze au Concours Lépine. Les sentiers de la
gloire. L’article conclut en parlant d’un projet secret de Jasmine Desprès.
Qu’est-ce qui pourrait intéresser le patron d’une grande chaine
de salons de coiffure ? J’ai immédiatement pensé à un robot-coiffeur. Recherche
sur le web. Le « Head Care Robot » sait déjà faire des
shampooings et masser le cuir chevelu. Je suis aussi tombé sur une vidéo où un
robot d’Intelligent Automation rasait (très mal) un client visiblement inquiet.
Jasmine Desprès et sa bande auraient réussi à construire un
robot-coiffeur efficace ? Le Mondial de la coiffure, c’est mi-septembre.
Je dois absolument sortir le scoop avant…
J’ai activé mes contacts dans le monde de l’informatique, des
chercheurs, des startupers, des investisseurs en capital-risque.
Quinze ans que je couvre ce monde-là. J’en connais un bout. Pourtant, je n’ai rien
pu glaner. En désespoir de cause, j’ai envoyé un courriel à la responsable comm
de la start-up, et je l’ai appelée. Rien. Ils sont encore en mode furtif ou ils
ont déjà une exclu avec un journaliste mieux placé que moi. Je m’en fous, j’ai un
scoop et je ne vais pas m’assoir dessus.
Je suis retourné le dimanche suivant à Paul Valeyre, à la même
heure, dans l’espoir de retrouver Jasmine Desprès. Coup de chance, ses passages
à la piscine sont réguliers et elle était là. J’ai osé l’abordage :
- Excusez ma curiosité mais la semaine dernière je vous ai entendu parler avec un nageur que vous impressionniez énormément. Je me suis demandé qu’est-ce qu’il trouvait de si extraordinaire dans ce que vous faites ?
Elle a mis quelques instants à comprendre ma question, à se projeter
sept jours en arrière :
- Ah oui ! Pendant ma douche froide… Il ne comprend pas comment je fais pour entrer dans une eau aussi glacée. Je suis intarissable sur le sujet : une douche froide raffermit la peau ; elle renforce le système immunitaire et facilite la circulation du sang. Le coup de fouet qu’elle donne à tout l’organisme est un remède contre le stress et la dépression. Et on finit pour s’y faire. Ce n’est pas si difficile que ça.
- Une douche froide… J’avais imaginé autre chose. Je vous ai entendu parler du Mondial de la Coiffure.
Elle ne s’offusque pas de mon
indiscrétion et me répond :
- La douche froide participe à la santé des cheveux, aide à lutter contre les pellicules et freine la chute des cheveux. J’essayais de convaincre José d’introduire la douche froide dans ses salons pour conclure le shampouinage.
Mon « enquête » prenait une
douche glacée. J’ai tenté une dernière question :
- Mais votre start-up a un projet secret. Je pensais que c’était de cela dont le monsieur vous parlait.
- Ah, je vois. C’est vous qui enquêtez si peu discrètement sur nous. Vous auriez dû m’appeler.
- J’ai appelé votre Dir comm.
- Elle marche dans le Sahara... Nous n’avons pas de secret. Nous avons travaillé sur un robot de cuisine, le robot-toaster. Il grille le pain et beurre les tartines. Mais cela n’intéresse pas les VC alors nous allons passer à autre chose.
- J’avais compris que vous bossiez sur un robot-coiffeur…
- Un robot-coiffeur ? Qui voudrait se faire couper les tiffes par un robot ? Comment se tiendrait-on au courant des potins du quartier ?
Comme je suis têtu, j’ai continué mes
recherches sur les robots-coiffeurs. On m’a parlé de roboticiens de Sorbonne
Université qui venaient de lancer une startup, « Kuptiffes ». J’ai
aussi appris qu’un certain Astro Kuptiffes s’était inscrit aux futurs Championnats
de France de coiffure à Rennes. Astro, le robot ?
On rencontre des gens extraordinaires
dans ma piscine, des dames qui fabriquent des robots-toasters et se douchent à
l’eau glacée, par exemple. Je ne désespère pas d'y rencontrer un jour une conceptrice de
robot-coiffeur.
[ Bêtises à Bloguer - Saison 2 ]
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